L’HISTOIRE DE LA MOTHE
ET LA RIVALITE ENTRE FRANCE ET EMPIRE
Les origines
La fondation de la ville
Le contexte politique :
la Lorraine entre France et Empire
La régence de Chrétienne de Damemark
Bassigny mouvant et non mouvant : les imbrications territoriales
La vie de la cité
La population de la ville
LA DESCRIPTION DE LA VILLE
L’enceinte médiévale et la construction de l’enceinte bastionnée
Les grandes dates de la réalisation de l’enceinte bastionnée
Le château
Les rues de la ville
La collégiale
Les couvents
Les immeubles civils
LES TROIS SIEGES
(1634, 1642-43, 1644-45)
Les origines de la guerre de trente ans
Les prémices du conflit entre la Lorraine et la France
Le premier siège de La Mothe (8 mars-27 juillet 1634)
Le deuxième siège (25 juillet 1642 - printemps 1643)
Le troisième siège (6 décembre 1644-7 juillet 1645)
La destruction
LA RUINE ET LE MYTHE
La dispersion et le partage des dépouilles
Le retour du site à la nature
Le symbole du patriotisme lorrain
Parfaire la connaissance du site
Ville neuve créée vers 1258 par le comte de Bar Thiébaut II, La Mothe occupe une position éminemment stratégique. Elle allie en effet trois atouts majeurs. Elle est située aux confins de trois provinces : la Champagne, le Barrois et la Lorraine ; elle occupe un site naturel exceptionnel ; elle surplombe enfin la voie romaine venant de Lyon et se dirigeant vers Toul et Metz, verrouillant ainsi au sud l’accès à la province.
Cette situation privilégiée lui a valu de devenir, à compter de 1545, le symbole de l’indépendance lorraine, tête de pont du duché mais également du Saint-Empire aux marches du royaume de France.
1545 marque en effet l’avènement de Chrétienne de Danemark à la régence de Lorraine. Nièce de l’empereur Charles-Quint, ambitieuse et énergique, elle rompit avec la politique de stricte neutralité entre la France et l’Empire menée sagement par ses prédécesseurs.
1545 marque également le début de la modernisation de la vieille fortification médiévale de La Mothe. Chrétienne de Danemark décida la construction d’une enceinte bastionnée, selon les nouveaux préceptes venus d’Italie. Constamment modernisée par ses successeurs, cette enceinte fera de La Mothe la seconde place forte de Lorraine après Nancy.
Les rois de France n’ont jamais toléré ce qu’ils considéraient comme une inacceptable provocation à leur frontière même. Le sort de la ville était dès lors scellé. Comme Carthage pour les romains, sa neutralisation était inéluctable. Elle n’avait plus alors qu’un siècle à vivre. Après avoir subi trois sièges, en 1634, 1642-43 et 1644-45, elle fut totalement rasée en 1645 et sa population dispersée.
A 16 kilomètres au sud de Neufchâteau et à 20 kilomètres à l’ouest de Vittel, le site de La Mothe se trouve aujourd’hui dans le département de la Haute-Marne, partagé entre les deux communes d’Outremécourt et de Soulaucourt. Ainsi en ont décidé les révolutionnaires en 1790, peut-être, comme le prétend la tradition, pour tuer le sentiment lorrain, encore vif dans cette région rurale.
Le plateau calcaire de La Mothe a la forme d’un cône tronqué culminant à 504 mètres d’altitude. Il domine de 185 mètres la vallée du Mouzon qui coule à son pied. Il est à une exception près (le Haut-du-Sec, à 12 kilomètres au sud-ouest de Langres, qui atteint 516 mètres) le point le plus élevé du département de la Haute-Marne. La tradition rapporte que, par temps clair, on peut voir depuis La Mothe jusqu’à 34 villages. Le plateau s’étend sur 700 mètres de long et 250 mètres de large, soit une superficie de 32 hectares. Il était entièrement occupé par la ville et ses fortifications, l’enceinte collant de tous côtés au plus près de la pente.
La Mothe se trouve au cœur du Bassigny, petit « pays » parfaitement délimité sur le plan géographique. Il correspond au haut bassin de la Meuse qui prend sa source 27 kilomètres plus au sud, à Pouilly-en-Bassigny.
L’HISTOIRE DE LA MOTHE
ET LA RIVALITE ENTRE FRANCE ET EMPIRE
Les origines
Le site a vraisemblablement fait l’objet d’une occupation dès la plus haute antiquité. Mais nos connaissances se résument à la découverte de quelques silex taillés et à l’existence de la « pierre hardie », sans doute un ancien mégalithe. Elle se dressait au carrefour des deux axes principaux de la ville. En 1575, au motif qu’elle gênait le passage, son déplacement fut envisagé, puis abandonné.
La période romaine n’est pas autrement attestée que par quelques tessons de céramique sigillée, même si certains historiens du siècle dernier ont plaidé en faveur de l’établissement d’un camp. Le site s'y serait certes remarquablement prêté, surplombant la voie romaine qui, venant de Lyon et de Langres, filait ensuite vers Toul et Metz. Son tracé est encore de nos jours facilement identifiable. Il traverse le village de Graffigny-Chemin, puis frôle Nijon, (l’antique Noviomagus) et Vaudrecourt, avant de rejoindre Sommérecourt. Au droit de La Mothe, un chemin quittait la voie pour se diriger vers le plateau. Il traversait le Mouzon sur le pont Saint-Père, encore appelé pont Cinq-parts. Il aurait été ainsi nommé car il appartenait à cinq communautés. Certains y ont vu un pont romain. Mais il était plus vraisemblablement médiéval. Il fut en usage jusqu’au XVIIIe siècle. On substitua alors à l’antique voie romaine, qui avait le défaut d’être située en terrain inondable, le tracé actuel par Soulaucourt. Le pont Cinq-parts perdit alors tout intérêt. Intactes encore en 1879, ses deux arches centrales s’écroulèrent, faute d’entretien, en 1915. Il n’en reste plus, de nos jours, aucun vestige.
Un tel site, par ailleurs situé aux confins de trois provinces, la Lorraine, le Barrois et la Champagne, ne devait pas rester longtemps inoccupé. Les archives sont muettes jusqu’en 1044. En cette année, Gautier de Deuilly donne au prieuré de Deuilly le domaine de Saint-Hilairemont, doté d’une paroisse consacrée à saint Hilaire. Saint-Hilairemont est en effet l’ancien nom de La Mothe, ce dernier ne s’imposant qu’à la fin du XIIIe siècle.
La fondation de la ville
La ville trouve son origine dans la rivalité qui opposait au XIIIe siècle les comtes de Bar et les ducs de Lorraine. En 1238, Henri II de Bar s’était engagé pour lui-même et ses descendants, envers Mathieu II, duc de Lorraine, à ne jamais construire de forteresse dans toute cette région frontalière entre Neufchâteau et Lamarche. Son fils Thiébaut II violera néanmoins le traité. Après avoir acquis le domaine de Saint-Hilairemont, Thiébaut II commença, après 1255, la construction d’une ville neuve.
Il est vraisemblable que la première construction érigée fut le château, puis une première enceinte urbaine, sans doute de dimension réduite. En juillet 1258, Thiébaut II octroie une charte de franchise aux bourgeois qui habitent ou vont habiter la ville, afin d’attirer la population des villages environnants. Dès 1259, est fondée une collégiale dont les statuts prévoient qu’elle sera desservie par treize chanoines, dotés de prébendes. Le comte de Bar crée ainsi le noyau intellectuel de la nouvelle communauté.
Le duc de Lorraine Ferri III proteste bien évidemment, au motif que la ville neuve a été élevée au mépris du traité de 1238. L’arbitrage est confié au comte de Champagne, au comte de Nevers et au comte de Bourgogne. Une première décision donne raison, en 1261, au comte de Bar. Mais en 1262, la guerre éclate entre Lorraine et Barrois. L’arbitrage de Saint-Louis, roi de France, sera nécessaire pour mettre fin au conflit. Il demandera à Thiébaut II de faire hommage pour La Mothe au comte de Champagne. L’hommage était, au moyen-âge, l’acte par lequel un vassal promettait fidélité à son seigneur, et devenait son homme lige.
Cet hommage dû par le comte de Bar au comte de Champagne porte en lui tous les germes du conflit qui va opposer, au XVIe et XVIIe siècles, la Lorraine et la France. En 1284 en effet, la mariage de l’héritière de Champagne avec le futur roi Philippe le Bel, et donc le rattachement de la Champagne à la France, transfère l’hommage dû au roi de France. Après le rapprochement du Barrois et de la Lorraine, le duc de Lorraine devra donc l’hommage au roi de France pour cette partie du Bassigny.
Le contexte politique : la Lorraine entre France et Empire
Mais la rivalité entre ducs de Lorraine et comtes de Bar n’est qu’un épisode ordinaire de la vie médiévale. Elle occulte une réalité autrement plus importante : la position stratégique, mais ô combien difficile, occupée par la Lorraine en Europe ! Le duché n’a en effet cessé d’être écartelé entre la France et l’Empire d’Allemagne.
Les prémices de cette situation peuvent être recherchés dans les conclusions du traité de Verdun. En 843, les trois petits-fils de Charlemagne se partagèrent son empire. Charles le Chauve reçut la Francie occidentale, Louis le germanique la Francie orientale et Lothaire Ier une longue bande de territoires allant des Pays-Bas actuels à l’Italie. Lothaire Ier mourut dès 855. Ses trois fils se partagèrent à leur tour son royaume. A Lothaire II échut la partie nord, de la Frise au Jura, que l’on dénomma Lotharingie.
Le 8 août 869, Lothaire II décéda. Ses deux oncles Charles et Louis, se partagèrent alors la Lotharingie à Meerssen en 870.
Les décennies suivantes voient la Lotharingie ballottée d’un camp à l’autre. Elle est d’abord réunie à la Francie orientale vers 880 ; puis à la France par le roi Charles le Simple en 921 (paix de Bonn). Mais en 923, Charles le Simple est battu et fait prisonnier. Le roi de Germanie Henri Ier en profite pour reconquérir la Lotharingie. Cette querelle trouvera son épilogue dans la signature, en 935, de la paix de la Chiers : le roi de France renonce à toute prétention sur la Lotharingie. Elle est entrée dans le giron de l'Empire.
La situation créée par la paix de la Chiers n’a cependant jamais été acceptée par les rois de France, qui n’eurent de cesse de reconquérir cette terre afin de consolider leur frontière à l’est. A compter du XIIIe siècle, période où leur pouvoir s’affirme, les rois de France multiplient les initiatives. En 1299, à Quatre-Vaux (entre Toul et Vaucouleurs), le roi de France Philippe le Bel fixe avec Albert de Habsbourg à la Meuse la frontière séparant royaume de France et Empire. Il tire simultanément profit d’une erreur du comte Henri III de Bar, qui avait souhaité s’immiscer au côté du roi d’Angleterre, son beau-père, dans le conflit opposant France, Angleterre et Flandres. En 1297, le roi d’Angleterre est battu, et Henri III de Bar fait prisonnier. Pour recouvrer la liberté, Henri III dut signer en 1301 le traité de Bruges par lequel il reconnaissait devoir l’hommage au roi de France pour l’ensemble de ses terres situées sur la rive gauche de la Meuse, qui étaient devenues de mouvance française de par la rencontre de Quatre-Vaux. Cette partie du Barrois sera désormais dénommée Barrois mouvant. L’hommage dû pour la Mothe suite au conflit de 1262 est ainsi passablement étendu. Le comte de Bar, devenu par la suite duc de Bar, est, pour une part importante de ses domaines, vassal du roi de France. Devenu duc de Bar au XVe siècle, le duc de Lorraine héritera de cette servitude.
Les rois de France sauront utiliser cet excellent argument. Chaque refus de rendre l’hommage dû fournira désormais prétexte à des initiatives diplomatiques mais également militaires.
Le 12 décembre 1508, le duc René II décède. Antoine, son fils, lui succède. Antoine a été élevé, à la demande de son père, à la cour de France où il s'est lié d'amitié avec le roi Louis XII.
Louis XII meurt en 1515. En cette même année, Antoine épouse Renée de Bourbon, puis accompagne le nouveau roi François Ier dans la campagne d'Italie et notamment à la bataille de Marignan.
Les relations entre le duché et la France sont au beau fixe jusqu'en 1541. François, héritier du duché, épouse alors Chrétienne de Danemark, nièce de Charles Quint. Le duc Antoine a souhaité rééquilibrer ses alliances. Mais il a aussi provoqué la colère royale. Le roi François Ier rechercha alors une assurance de neutralité du duché. Il l'obtiendra en 1542 par le traité de Nuremberg. Charles Quint y reconnaît le duché de Lorraine à jamais libre et non incorporable. Le lien de vassalité avec l’Empire est rompu au profit d’un statut de protectorat. La Lorraine est désormais condamnée à une politique de stricte neutralité.
La régence de Chrétienne de Damemark
Le 14 juin 1544, le duc Antoine meurt. Son fils François lui succède. Malade, il décède dès l'année suivante, le 12 juin 1545. Il n'était âgé que de 28 ans.
Il laisse une jeune veuve de 24 ans, Chrétienne de Danemark. Son fils, le futur Charles III, n’a que 3 ans. La noblesse lorraine propose la régence à Nicolas de Vaudémont, frère du duc défunt. Mais Chrétienne de Danemark intrigue et s’impose. Un compromis est finalement trouvé lors des Etats Généraux de la noblesse lorraine réunie à Neuchâteau : ils sont nommés co-tuteurs et co-régents.
Belle, énergique, Chrétienne souhaite gouverner seule. Elle ne respecte pas le souhait de la noblesse lorraine de maintenir une stricte neutralité entre ses deux puissants voisins et incline tout naturellement vers l’Empire. Et c’est alors qu’elle décide de renforcer les fortifications de La Mothe.
Bassigny mouvant et non mouvant : les imbrications territoriales
Pays géographiquement homogène, le Bassigny était politiquement divisé entre Bassigny royal, autour du bailliage de Chaumont, qui relevait de la couronne de France, Bassigny barrois (duquel dépendait La Mothe) appartenant aux comtes puis ducs de Bar et faisant partie du Barrois mouvant (donc pour lequel l’hommage était dû aux rois de France) et Bassigny lorrain enfin, appartenant aux ducs de Lorraine, autour des bailliages de Bourmont et de Lamarche dénommé Bassigny non mouvant ou encore Bassigny lorrain. Pour ce seul territoire, le duc de Lorraine ne devait pas l’hommage au roi de France.
La vie de la cité
La Mothe a connu deux périodes durant sa courte existence.
De sa fondation à 1545, elle mena la vie d’un petit bourg « sans histoire » (n’étaient-ce les inévitables conséquences de la guerre de cent ans, et notamment sa prise par surprise par le comte de Blâmont en 1363, mais la ville fut rapidement libérée). Ses habitants jouissaient des droits et privilèges accordés par la charte de 1258. Parmi ces privilèges, le comte Thiébaut de Bar avait notamment autorisé les bourgeoisies multiples. Si, à l’instar des chartes des communes voisines de Bourmont et Saint-Thiébault, les habitants de La Mothe étaient assujettis au droit de « forfuyance », qui les obligeait à vendre leurs biens dans le délai d’un an s’ils cessaient de résider dans la ville, ils pouvaient par contre devenir bourgeois d’une autre ville, sans perdre leurs droits de bourgeoisie et biens, pourvu qu’ils reviennent à La Mothe dans le délai d’un an. Cette mesure avait sans doute été prise pour permettre un peuplement rapide de la ville et attirer les commerçants.
Les prérogatives et pouvoirs étaient alors largement partagés.
La vie municipale était l’apanage des bourgeois, tous commerçants, hommes de robe ou artisans aisés, qui élisaient leur maire, le « mayeur », pour six mois. Il était assisté de quatre échevins. Les assemblées municipales étaient réunies place de la croix ou à l’auditoire, après la messe ou les vêpres dominicales. La cité avait ses armoiries qui étaient : « un ciel chargé d’étoiles, d’un soleil et d’une lune, entourant une montagne en champ d’azur ».
La vie religieuse et intellectuelle de la cité était l’apanage du collège des chanoines dont le nombre, de treize à l’origine, fut ensuite réduit à dix. Ils rappelaient régulièrement leurs droits et privilèges, en estant en justice si nécessaire. (recueillir les dîmes paraît être une perpétuelle préoccupation !).
La vie paroissiale était animée par un vicaire, nommé par les chanoines. Outre les registres paroissiaux (seul un registre de baptêmes couvrant les années 1641 à 1645 nous est conservé), le vicaire tenait un « obituaire ». Dans ce registre, il notait les « obit », messes, fondations et services anniversaires souhaités pour le repos de l’âme des défunts par leurs héritiers (étaient offertes des messes basses, mais aussi des messes solennelles avec torches et sonnerie de cloches). Il y précisait également la nature de la donation correspondante, en espèces, en nature ou en rente. Trois confréries existaient à La Mothe : la confrérie de l’Immaculée Conception de Notre-Dame, dont la liste des membres nous est conservée depuis 1557, la confrérie du Saint-Sacrement, fondée en 1619 et celle du Saint-Rosaire.
La justice était entre les mains du bailli et du procureur général du bailliage, dont La Mothe fut le siège à compter de 1530. Elle jugeait selon la coutume du Bassigny, que l’on prit soin de rédiger en 1507, puis de compléter en 1580, pour contrer les velléités françaises d'imposer la coutume de France. Le bailli avait en outre des pouvoirs de police. Il fixait par ordonnance le prix des denrées de base, le pain et la viande notamment, ou imposait par exemple le nettoyage des rues ou des fossés. Il avait par ailleurs des prérogatives militaires : il levait les troupes, organisait la défense si besoin était et veillait au bon entretien des fortifications.
Le représentant du duc de Lorraine était le sénéchal. Ce titre de sénéchal est exceptionnel dans nos contrées, mais son rôle n’était pas différend de celui d’un prévôt. Il transmettait les ordres et ordonnances ducales. Il était par ailleurs receveur des impôts et ordonnateur des dépenses. Il collectait les impôts directs mais aussi des impôts extraordinaires, patentes et amendes notamment. Il enregistrait recettes et dépenses dans un registre annuel de comptes, tenu localité par localité. Nombre d’entre eux nous sont conservés et sont riches d’informations sur la vie de la sénéchaussée. Pour garantir la probité du sénéchal, il devait fournir une caution solvable. Ses comptes étaient par ailleurs audités annuellement par la Chambre des Comptes du duché. Sous la direction du sénéchal se trouvait un tabellion, notaire public qui officialisait avec son sceau les actes publics et notariés.
La sénéchaussée avait deux sièges : La Mothe et Bourmont. Une trentaine de villages en dépendaient.
A compter de 1545, la cité devint le symbole de la puissance lorraine aux marches du royaume de France. La construction d’une nouvelle enceinte bastionnée est entreprise. Un bailli, monsieur de Sérocourt, eut le tort de nommer pour son lieutenant le sieur de Bouillac, un de ses familiers, et de lui abandonner ses pouvoirs militaires. Le successeur de ce lieutenant, rené d’Anglure, sieur de Melay, manœuvra si adroitement qu’il parvint encore à accroître ses pouvoirs, et réussit même à obtenir le titre de gouverneur de La Mothe. Il avait désormais la haute main sur les travaux de fortification, le recrutement de la garnison et l’organisation de la défense.
Le bailli vit alors ses pouvoirs réduits à la stricte administration de la justice. Le pouvoir municipal fut de même peu à peu réduit à la stricte organisation de la vie de la communauté. Les bourgeois osèrent alors rappeler les droits qu’ils détenaient de par la charte de franchise, ce dont le gouverneur n’eut cure. Les bourgeois trouvèrent une oreille attentive auprès du bailli qui, par souci de tranquillité et d’indépendance, avait quitté la Mothe pour Bourmont. Les relations du bailli et du gouverneur s’envenimèrent au point que, en 1598, le gouverneur de Sérocourt alla à Bourmont provoquer en duel le bailli de Thalanges, son cousin. Ce dernier, quoique malade, n'osa refuser le combat au risque de passer pour un lâche. Il y laissa sa vie. Ce duel fut considéré comme un assassinat. Le gouverneur eut la vit sauve mais perdit sa charge. Il partit à pied à Rome pour y quérir le pardon, puis se retira dans son fief de Romain-sur-Meuse. A Bourmont, sur la promenade du Côna à l’endroit même où eut lieu le duel, a été érigé un monument dit « la Vierge de la Miséricorde ». Elle fut remplacée après la révolution par la statue actuelle, qui figure l’annonciation.
Les deux fonctions furent maintenues quelques années encore, mais le dialogue était inexistant. Le bailli se cantonnait aux affaires de justice. Le duc en tira la leçon et réunit les deux charges au début du XVIIe siècle. Antoine de Choiseul d’Isches, qui mena le siège de 1634, en fut le premier titulaire.
La population de la ville
Des débats passionnés ont opposé, à la fin du siècle dernier, les historiens pour tenter d’évaluer la population de la ville. En l’absence de tout recensement, la prudence s’impose. Les seules extrapolations peuvent être faites à partir du registre de baptêmes, hélas conservé sur les seules quatre années 1641 à 1645. Et les enfants de soldats y sont nombreux. Convenons qu’au XVIe siècle, la population ne devait guère dépasser 1500 habitants. Au XVIIe siècle, elle pouvait avoisiner, avec la garnison, 2500 à 3000 habitants.
LA DESCRIPTION DE LA VILLE
L’enceinte médiévale et la construction de l’enceinte bastionnée
L’enceinte urbaine construite dans les années qui suivirent la création de la ville n’occupa sans doute dans un premier temps qu’une partie du plateau. Au XVe siècle cependant, elle en occupait l’intégralité. Elle avait globalement la forme d’un ovale, la muraille collant au plus près de la pente. Elle comportait au minimum deux portes, appelées porte d’Outremécourt et porte de Soulaucourt. Ces deux portes se trouvaient dès le XVe siècle à l’est et à l’ouest de la ville. La porte de Soulaucourt menait au pont Cinq-parts et à l’antique voie romaine. Elle constituait l’accès principal à la ville. Originellement il n’est pas impossible que deux portes aient été situées au nord et au sud, à l’extrémité de la grand-rue. La pente, plus forte à ces deux endroits, aurait justifié leur suppression.
Cette enceinte médiévale a fait au fil des années l’objet de travaux incessants, essentiellement d'entretien mais aussi de modernisation. La porte d’Outremécourt fut ainsi renforcée en 1497 par la création d’un « boulevard ». Ce terme nouveau désigne un ouvrage de défense porteur d’artillerie, construit devant un ouvrage plus ancien, afin d’en renforcer la protection. La porte de Soulaucourt fut renforcée à son tour entre 1514 et 1516. En 1537, la porte d’Outremécourt le fut à nouveau par la création, sur les plans et sous la direction d’Aymé de la Fontaine, d’un nouvel ouvrage, englobant la défense construite en 1497. Ce nouveau boulevard, bien visible sur les deux plans de l’enceinte conservés dans les archives d’Etat de Turin, était un ouvrage tenaillé : deux flancs droits perpendiculaires à la courtine encadraient les deux faces de l’ouvrage formant entre elles un angle rentrant. Cette disposition originale évitait à l’ouvrage de trop mordre sur la pente et donc en limitait le coût.
A compter des années 1530, le développement de l’artillerie a entraîné, dans toute l’Europe, celui de la fortification bastionnée. Le principe consiste à couvrir chaque partie de l’enceinte par les tirs émanant d’une autre. On construit donc, de manière régulière si possible, mais surtout en fonction de la configuration du terrain, des bastions pentagonaux remplis de terre, dont la présence amortit les chocs. La terrasse des bastions est garnie de pièces d’artillerie. Toute partie de l’enceinte est ainsi prise sous le tir croisé des deux bastions l’entourant. Pour rendre par ailleurs les murs moins vulnérables, on les abaisse et on les renforce de terre. On parle alors de profil remparé.
Dès son accession au pouvoir en 1545, Chrétienne de Danemark fait appel à l’ingénieur italien Ambrogio Precipiano qui fortifiait alors la ville de Dole en Franche-Comté pour le compte de Charles-Quint. Precipiano dresse le plan de la nouvelle enceinte bastionnée de La Mothe. Les travaux démarrent aussitôt.
Le roi de France Henri II est couronné en mars 1547. En février 1548 au plus tard, il apprend que Chrétienne de Danemark fait effectuer de grands travaux à La Mothe. Or il doute, avec raison d’ailleurs, de la neutralité de la régente de Lorraine et craint que La Mothe ne puisse un jour être utilisée par l’empereur Charles Quint comme tête de pont aux marches du royaume. Henri II demanda une entrevue à Chrétienne, qui eut lieu à Joinville en juin 1548. Le roi obtint d’elle une promesse d’arrêt des travaux pendant la minorité du futur duc Charles III. Mais le jour même de son départ de Nancy, le 12 juin à 5 heures du matin, elle avait fait venir un tabellion et quatre témoins et avait déclaré protester par avance contre toute concession qui lui serait arrachée.
Dans ces conditions, que la promesse n’ait été pas tenue n’apparaît pas surprenant ! Après (peut-être) une brève interruption, les travaux reprirent.
Il faut par ailleurs considérer la nature des travaux effectués à La Mothe pour bien en apprécier l’enjeu. Fut d’abord creusé le grand fossé qui, au nord, isole la ville de ce qui deviendra le retranchement, puis furent construits les bastions de Danemark et de Vaudémont, dont les noms furent donnés en hommage aux co-régents. Leur hauteur n’est pas inférieure à 20 mètres. L’ampleur des travaux est telle que l’ensemble du chantier ne put guère être mené en moins de deux, voire trois années. Or, pendant toute leur durée, la ville était vulnérable. Peut-on imaginer que Chrétienne n’ait pas fait achever au moins cette partie de l’enceinte qui dut l'être en 1550 au plus tard ?
En 1552, Chrétienne est déchue par le roi de France de sa régence qui sera dès lors exercée par le seul comte de Vaudémont. Le futur Charles III est envoyé à la cour de France parfaire son éducation.
Les travaux seront poursuivis jusqu’en 1590, année qui verra l’achèvement de la première enceinte avec la construction de la monumentale porte de Soulaucourt. A compter de 1563 au moins, les travaux sont dirigés par Florent De Belleau, « maitre maçon » des fortifications. Il conservera ce titre jusqu’à son décès en 1595.
Fin 1572, un ingénieur italien, Fernando de Vitelli, est invité par le duc de Lorraine à dessiner un plan de modernisation de l’enceinte. Ce plan, remis au printemps 1573, est conservé à Turin. Il prévoyait une modernisation totale de la place, selon un plan rigoureux. Mais ce projet présentait l’inconvénient de demander des travaux gigantesques, donc fort coûteux. Il ne fut pas retenu. Dans les mêmes années, Florent De Belleau dessina un nouveau plan, lui aussi conservé à Turin, dont il assura l’exécution. Le projet de Florent de Belleau était plus pragmatique. Les ouvrages étaient reconstruits à leur emplacement même, ce qui permettait d’englober les anciennes constructions dans les nouvelles et d’échelonner les travaux.
Les grandes dates de la réalisation de l’enceinte bastionnée
1536 : construction d’un « boulevard » (plate-forme Saint-François ? bastion Saint-Antoine ?).
1537 : construction du « boulevard » de la porte d’Outremécourt par Aymé de la Fontaine.
1545-46 : A la demande de Chrétienne de Danemark, l'ingénieur italien Ambrogio Precipiano effectue plusieurs séjours à La Mothe. Son fils y décède de maladie le 6 janvier 1546. Il est plus que vraisemblablement l’auteur du plan de la première enceinte bastionnée.
1546-1550 ? : creusement du grand fossé nord isolant le « retranchement » et construction des bastions de Danemark et de Vaudémont.
1553-1560 : poursuite de la construction de la première enceinte bastionnée, et notamment des bastions Saint-Georges, Sainte-Barbe et Saint-Nicolas.
1563 : première mention de Florent De Belleau « maître maçon des fortifications de La Mothe » ; il occupa cette fonction jusqu’à son décès en 1595.
1573 : Fernand de Vitelli, ingénieur italien, dessine à la demande du duc Charles III un plan de modernisation de l’enceinte. Son projet n’est pas retenu.
Vers 1573-75? agrandissement du bastion de Vaudémont ?
Vers 1572-76 : Florent De Belleau dessine son plan de modernisation de l’enceinte. Son projet sera, pour l’essentiel, réalisé.
1580-1590 : construction du bastion Le Duc, intégrant la porte d'Outremécourt, et de la pointe d’Isches.
1588-91 : construction de la « porte neuve de Soulaucourt » et transformation de l'ancienne porte en casemate. Ce chantier marque l'achèvement de l'enceinte bastionnée.
1595 : décès de Florent De Belleau ; il n’est pas remplacé.
Entre 1610 et 1634: établissement de la seconde enceinte fraisée.
1633-1634 : reconstruction du bastion de Danemark, encore inachevé lors du siège de 1634.
1635-1640 : reconstruction du bastion Saint-Nicolas, partiellement détruit au cours du siège de 1634. Est alors construite la fameuse « galerie d'écoute ».
1645 : destruction de la ville et des fortifications.
Dans les premières décennies du XVIIe siècle, on renforça cette première enceinte d’une seconde, faite de terre et de pierre et haute de 15 mètres. Elle protégeait un chemin couvert courant au pied de la muraille de la première enceinte. Cette seconde enceinte renforçait l’impression de hauteur et de puissance de la première, ainsi que le suggère une gravure de Francis Malthus, artilleur anglais qui participa au siège de 1645 aux côtés des français. Elle rendait surtout plus difficile les travaux d’approche et de sape.
Les archives sont muettes sur ce chantier. Nous savons seulement qu’il était terminé lorsque débuta le siège de 1634, et que son réalisateur avait subi l’influence des théoriciens germano-hollandais de la fortification.
Le château
Au centre du plateau, se trouvait le château comtal, construit dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Rectangulaire, il était de dimensions imposantes : environ 92 mètres dans sa grande longueur, près de 70 mètres de largeur. Il était cantonné aux angles de quatre tours rondes. Après la construction de l’enceinte bastionnée et notamment du bastion Saint-Georges, le château perdit tout rôle défensif. Il servait à la résidence du sénéchal et du bailli, puis du gouverneur. On l’appelait « le gouvernement ».
Les rues de la ville
Le plan de la ville était irrégulier et sa reconstitution précise n’est pas chose aisée, en l’absence d’un dégagement rigoureux du pavage des rues. La rue principale était la grand-rue qui partageait la ville en serpentant du nord-ouest au sud-est. Elle traversait, ou longeait, au centre du plateau, la place de la croix où se trouvait la croix de franchise, et non loin de là, la « pierre hardie ». Perpendiculairement à la grand-rue, partait une rue vers la porte d’Outremécourt et une autre vers l’ancienne porte de Soulaucourt. De 1588 à 1590, cette porte fut déplacée et reconstruite là où nous la connaissons aujourd’hui. Le fossé sud du château, qui avait perdu toute valeur défensive, fut alors transformé en rue donnant accès à cette nouvelle porte. Le premier n° des Cahiers de La Mothe résume nos connaissances sur la topographie urbaine de la cité.
La collégiale
La paroisse de Saint-Hilairemont, dédiée à saint Hilaire, est citée pour la première fois en 1044. Il semble que son église soit devenue la chapelle du château, régulièrement mentionnée dans les textes comme étant l’église-mère de La Mothe. Menaçant ruine, cette chapelle fut rénovée en 1605.
La charte d’affranchissement de juillet 1258 est suivie de peu par la création, le 15 octobre 1259, d’un collège de chanoines. Nous n’avons guère d’information sur la construction de la collégiale, dédiée à Notre-Dame. Il est possible que l’église ait été construite antérieurement à la fondation de la ville neuve. Le grand chœur des chanoines, en partie dégagé, avec son chevet plat, aurait alors été greffé sur l’église antérieure. Un cloître jouxtait le bas côté Nord.
Les couvents
Une rue du (ou des) Moynier(s), située à proximité du front sud de l’enceinte, est attestée en 1388 et régulièrement citée par la suite. Peut-on y voir une référence à un établissement monastique sur lequel nous n’avons par ailleurs aucune autre information ?
Deux congrégations sont par contre attestée à La Mothe : la congrégation Notre-Dame (fondée par saint Pierre Fourier) installée en 1623 rue d’Offrécourt, surplombant la porte de Soulaucourt, et les Récollets installés postérieurement au siège de 1634 à proximité du bastion de Danemark.
Les immeubles civils
La Mothe comptait nombre d’immeubles civils, tels l’auditoire de justice, situé à l’angle de la grande rue et de la rue menant à la porte d’Outremécourt, la boucherie, qui le jouxtait, la halle sous laquelle se tenait un marché le samedi et une foire à la saint Barthélemy, le 24 août, le four banal… Un moulin à vent, enfin, couronnait la petite butte qui surmonte le front sud de l’enceinte.
La cité possédait deux puits : le grand puits était situé sur la courtine au nord du bastion le Duc, le petit puits à proximité du bastion de Danemark. Une fontaine coulait en contrebas, près du chemin d’Outremécourt, à l’extérieur de l’enceinte. Une audacieuse sortie pour y quérir de l’eau eut lieu pendant le siège de 1634.
LES TROIS SIEGES (1634, 1642-43, 1644-45)
Les origines de la guerre de trente ans
La guerre de trente ans, qui ravagea une bonne partie de l’Europe et particulièrement la Lorraine, est une confrontation directe entre les deux puissances de l’époque : la France et l’Empire. Elle se double d’une guerre de religion dans laquelle les acteurs se lancent, les uns par intérêt pur, les autres par conviction religieuse plus ou moins feinte.
On considère traditionnellement qu’elle débute avec l’insurrection de la noblesse tchèque en 1618 (lors de la fameuse « défenestration de Prague ») et qu’elle trouve son épilogue en 1648 avec le traité de Westphalie.
En Lorraine, les acteurs entrent en scène en 1624, année en laquelle, tant Richelieu pour la France que Charles IV pour la Lorraine, accèdent au pouvoir.
Charles IV est un catholique déclaré. Il refuse la politique de stricte neutralité entre la France et l’Empire. Il refuse de prêter l’hommage dû pour le Barrois mouvant. Qui plus est, il ose accueillir à la cour de Nancy les opposants français à Richelieu et notamment Gaston d‘Orléans, frère du roi. Richelieu agit de son côté avec des arrières pensées exclusivement politiques. Il voit la France cernée par les Habsbourg d’Autriche et d’Espagne. Son but est de les diviser. Pour ce faire, cultiver les oppositions religieuses entre princes catholiques et protestants est son meilleur atout.
Les prémices du conflit entre la Lorraine et la France
En 1630, les deux places de Vic et Moyenvic, dépendant de l’évêché de Metz, tombent aux mains des troupes impériales. Charles IV n’a rien tenté pour les contrer. Richelieu ne peut laisser faire. Profitant de l’absence du duc, les troupes royales reprennent les deux places en décembre 1631. Charles IV rentre alors en hâte mais se voit imposé la signature d’un traité, à Vic même, le 6 janvier 1632. Il doit s’engager à respecter désormais une stricte neutralité entre la France et l’Empire et à ne plus recevoir Gaston d’Orléans.
Mais trois jours auparavant, le 3 janvier 1632, Gaston d’Orléans avait épousé secrètement Marguerite de Vaudémont, sœur du duc Charles IV. Les deux époux s’étaient connus au cours d’un précédent séjour de Gaston d’Orléans à la cour de Nancy. C’en est trop pour Richelieu ! D’autant qu’il apprend peu après que le duc Charles a repris ses intrigues. En mai 1632, une armée française forte de 25000 hommes envahit la Lorraine. La résistance est faible. Nancy est menacée. Charles IV accepte de signer un nouveau traité à Liverdun le 26 juin 1632. Il s’y engage notamment à prêter hommage pour le Barrois dans le délai d’un an.
Le 30 juillet 1633, le Parlement de Paris arrête la saisie du Barrois, au motif que l’hommage promis n’a pas été prêté. Les troupes royales pénètrent à nouveau en Lorraine et assiègent Nancy. La ville est rapidement prise. Le 20 septembre 1633, Charles IV se voit imposer la signature, à Charmes, d’un nouveau traité. Le Barrois est saisi jusqu’à la prestation de l’hommage. Le duc s’interdit à nouveau toute alliance avec l’Empire.
Le 19 janvier 1634, Charles IV abdique et abandonne le trône ducal à son frère Nicolas-François, évêque de Toul. Le 18 février 1634, ce dernier épouse secrètement, après s’être donné les autorisations nécessaires, sa cousine Claude, héritière des duchés, empêchant ainsi un mariage arrangé par la France. Le mariage est immédiatement consommé. Richelieu est hors de lui. Il fait enfermer les deux époux au palais ducal de Nancy. Mais, le 1er avril, ils parviennent, déguisés, à s’échapper et gagnent Florence. C’est alors qu’intervient le premier siège de La Mothe.
Le premier siège de La Mothe (8 mars-27 juillet 1634)
Le 5 mars 1634, le gouverneur de La Mothe, Antoine de Choiseul d’Isches, avait reçu de Nicolas-François l’ordre de remettre la place aux français. Mais il n’obtempéra pas. Dès le 8 mars, les troupes françaises entourèrent la ville, sous le commandement du marquis de La Force et du vicomte d’Arpajon, et la bloquèrent complètement.
Dubois de Riocour, un des défenseurs de la place, nous a laissé un récit vivant et détaillé des péripéties du siège. Nous en conseillons la lecture, même s’il décrit avec beaucoup d’emphase les hauts faits des lorrains, telle la sortie des filles de La Mothe. Une quinzaine de jeunes filles, sous couvert d’aller ramasser de l’herbe, s’approchent peu à peu des lignes françaises. Elles cachent des armes sous leurs vêtements. Elles sont suivies par un autre groupe, de garçons déguisés en filles. « Dix à douze cadets Français n’eurent pas plus tôt aperçu ces objets si amis de leur nature, que pensant trouver de quoi pour la contenter, ils quittent la tranchée et s’approchent de ces filles. Elles feignent, pour les éloigner toujours de plus en plus de leur retraite, de vouloir s’enfuir d’eux. Ils se mettent à les poursuivre ; alors, tournant visage, elles commencent si à tems leur décharge que les uns retournent précipitamment où ils avaient laissés leur armes, les autres furent blessés, qui en la tête, qui en la cuisse… ».
Dubois de Riocour raconte également comment mourut le chevalier français Gabriel de La Ferté-Sénectère. Quelques officiers français voulurent profiter d’une belle journée pour déjeuner sur l’herbe. Ils avaient choisi un lieu certes fort agréable, jouissant d’un large panorama. Malheureusement ce lieu était à découvert et à portée des tirs des canons de La Mothe. « Un page venait de présenter à son maître une tasse d’argent pour boire à la santé du nouveau duc de Lorraine (ils entendaient par là le roi de France) ». Mais deux boulets de couleuvrines, tirés par les assiégés « donnant tous deux en même tems au milieu de leur table, firent voler en l’air les nappes, les serviettes, les coupes d’argent, et atteignirent trois de ces capitaines. Deux moururent sur place ». Transporté à Médonville, le chevalier de La Ferté-Sénectère ne survécut pas, malgré l’amputation des deux jambes.
Le maréchal de La Force, revenu le 3 juin, reprit les choses en mains. Il fit venir, de toutes les places environnantes acquises aux français, canons et mortiers. Il fit creuser des tranchées en direction des bastions Sainte-Barbe, Saint-Nicolas et de Danemark. Dès le 9 juin, des batteries de mortiers purent être installées. Le 17 juin, les français atteignaient le pied de la contrescarpe. Ils entreprirent alors le creusement de mines en vue de renverser les bastions. A l’intérieur de la place, la situation devenait de plus en plus difficile. Les morts et les blessés étaient nombreux. L’eau et les provisions manquaient. Le 21 juin, le gouverneur Antoine de Choiseul d’Isches fut tué par un éclat de boulet en traversant la passerelle reliant le retranchement à la courtine séparant les bastions de Danemark et de Vaudémont. Il fut inhumé discrètement, pour ne pas donner l’éveil à l’ennemi, dans l’église de la congrégation Notre-Dame.
Le 6 juillet, le fossé était atteint de tous côtés, grâce notamment au jeune vicomte de Turenne. Heureusement, des pluies battantes noyèrent les tranchées françaises, donnant un peu de répit aux assiégés. Le 26 juillet, les mines sous le bastion Saint-Nicolas explosèrent, ouvrant une large brèche. Une barricade, dressée rapidement, permit de résister quelques heures encore. Dès le 27, la capitulation était signée. Le 28, la garnison abandonnait la place.
Rien n’était cependant réglé. La Lorraine était sous contrôle total de la France mais dans un état lamentable. La peste exerçait partout ses ravages. Le graveur Jacques Callot a remarquablement illustré les malheurs de la Lorraine dans ses « Misères de la guerre ».
Le duc Charles IV n’en poursuivait pas moins sa politique au service de l’Empire. Les 5 et 6 septembre 1634, il participait à la victoire de Nordlingen sur les Suédois. Il en profita pour entamer la reconquête de son duché. Mais l’issue du conflit était indécise. Les places étaient prises et reprises. Charles IV dut accepter de se rendre à Paris pour négocier. Le 29 mars 1641, il signa, à Saint-Germain-en-Laye, la « petite paix ». Il dut se repentir devant le roi. Il prêta par ailleurs hommage pour le Barrois. La France conserva néanmoins Nancy jusqu’à la signature d’un traité de paix général. Elle se réserva par ailleurs le droit d’en abattre les fortifications.
Charles IV avait certes été humilié mais il avait pu sauver son duché. Il n’avait cependant pas l’intention de respecter ses engagements. Dès la fin avril 1641, les hostilités reprirent. La France occupa à nouveau la Lorraine. Seules quelques places, dont La Mothe, restèrent acquises au duc. Le 3 septembre, le duc demanda à nouveau pardon au roi mais sans changer de comportement.
Le deuxième siège (25 juillet 1642 - printemps 1643)
Le roi perdit à nouveau patience et envoya, à la tête d’une armée française, du Hallier investir La Mothe. Il y parvint le 25 juillet. Charles IV, qui alors assiégeait Thann, vint au secours de La Mothe, obligea du Hallier à battre en retraite, puis repartit vers Luxembourg. Du Hallier reprit alors le blocus. Mais le 4 décembre 1642, Richelieu décédait. Louis XIII mourrait lui-même le 14 mai 1643. Ce double décès sauvait provisoirement La Mothe. Au printemps 1643, le blocus fut levé.
Mazarin parvient alors au pouvoir. A plusieurs reprises, ses émissaires négocièrent avec le duc Charles, sans résultat. Mazarin voulait notamment le convaincre de lui céder La Mothe, pour annihiler cette menace permanente aux marches du royaume. Ne pouvant obtenir la ville, il en jura la perte.
Le troisième siège (6 décembre 1644-7 juillet 1645)
Magalotti fut mandaté, le 1er décembre 1644, pour investir la ville. Le 6 décembre, il était sur place. Dès janvier, les paysans des environs furent requis pour creuser autour de la place une circonvallation défendue par sept redoutes. Le gouverneur Clicquot organisa des sorties pour retarder les travaux, mais sans grand succès. Le périmètre à attaquer était beaucoup trop important. Début mai, la circonvallation était achevée et tout secours, exclu. Les Français entreprirent alors de creuser des tranchées vers la place, défendues par des batteries. Mi-mai, ils atteignirent le milieu du glacis. La ville fut alors pilonnée avec des bombes incendiaires que l’artilleur anglais Francis Malthus se vante d’avoir été le premier à utiliser. Le 23 mai, la communauté fit le vœu d’envoyer deux émissaires à Notre-Dame de Bonsecours et à Saint-Nicolas-de-Port pour « implorer l’assistance du ciel ».
Un premier assaut français, infructueux, fut tenté le 24 mai. Le 18 juin, des mines furent mises à feu mais avec un succès limité. Seul le bastion Sainte-Barbe fut partiellement détruit. Le 20 juin, Magalotti fut mortellement blessé, ce qui provoqua la colère de Mazarin. Il fut remplacé par le marquis de Villeroy. Dans la nuit du 27 au 28 juin, les Français enlevèrent la contrescarpe. Après discussion, les modalités de la capitulation furent acceptées le 1er juillet et officiellement ratifiées le 7 juillet. Outre les honneurs de la guerre accordés aux défenseurs de la place, l’article 15 prévoyait « qu’il seroit libre aux bourgeois de demeurer a La Mothe ou ailleurs ou bon leur semblera et qu’ils seroient conservés dans leurs biens et libertés dans quelques pays qu’ils fussent ». Après la signature de la capitulation, la garnison sortit de la ville et les troupes royales firent leur entrée. Les habitants prêtèrent fidélité au roi de France et un Te Deum fut chanté dans l’église collégiale.
La destruction
Dès le 5 juillet, avant donc la ratification des articles de la capitulation, avait été signé par de Gombaut, seigneur de La Marque et intendant de l’armée du roi, un ordre de réquisition des habitants de la ville et du bailliage d’Epinal de fournir des bras pour travailler à la démolition de la place. Non encore signés, les articles de la capitulation étaient déjà ouvertement violés ! La tradition rapporte que Mazarin avait pris sa décision après la mort de son ami (ou parent) Magalotti.
Le 15 juillet 1645, la communauté fut avisée des intentions de Mazarin de procéder au démantèlement total de la ville, églises et maisons comprises. Elle dépêcha alors Nicolas Dubois de Riocour à la cour de France, pour obtenir le respect des conditions de la capitulation. Ce fut hélas en vain ! Le 19 juillet, un dernier baptême était célébré dans la collégiale. Dès le 20 juillet, les démolitions commencèrent, effectuées par 1500 paysans des environs réquisitionnés pour la circonstance, alors que Nicolas Dubois de Riocour n’était pas encore revenu de son ambassade. Les remparts furent renversés. La collégiale n’eut pas droit au moindre égard. Dans une lettre écrite par un des assaillants, il s’y vante d’avoir fait sauter la grande église. Le 29 juillet, le sieur de Gombault autorisait les habitants à récupérer les matériaux de leur maison, s’ils les démolissaient eux-mêmes.
Le 8 septembre, le curé Vigneron clôtura ainsi son registre de baptêmes : « Voila le dernier enfant baptizé a la Mothe par le soubsigné Curé vicaire de Mrs Les venerables La ville ayant esté rendüe aux francois pour la seconde fois et rasee jusques aux fondements comme Elle se voit a present. nonobstant Le traicté fait entre Mr Le Marquis de villeroy commendant l’armée du Roy et le Sieur de Clicquot gouverneur de la ville pour son Altesse faict le 8 septembre 1645. Antoine vigneron Prestre indigne ».
Fin septembre, la ville n’était plus qu’un amas de ruines.
Dans son livre de comptes pour l’année 1647, à la page consacrée à la Mothe, et après y avoir constaté l’absence de recettes, le sénéchal conclut : « le finage estant comme abandonné et déserté… ».
LA RUINE ET LE MYTHE
La dispersion et le partage des dépouilles
Les habitants se réfugièrent dans les villages environnants. Nombre d’entre eux, les propriétaires terriens notamment, s’installèrent à Outremécourt et Soulaucourt mais également dans les villages du Bassigny dont ils étaient originaires. Les familles nobles regagnèrent leur fief. Le chapitre et le siège du bailliage furent transférés à Bourmont. Les représentants de l’administration ducale s’y établirent également. Les artisans n’hésitèrent pas à s’expatrier. Nombre d’officiers et de soldats rejoignirent les armées ducales.
En 1661, le duc Charles IV confirma aux habitants d’Outremécourt les privilèges dont jouissaient antérieurement les habitants de La Mothe. Les habitants de Soulaucourt obtinrent en 1663 d’intégrer la communauté d’Outremécourt. Mais le problème le plus épineux fut l’affectation des biens et le règlement des dettes de l’ancienne communauté. Elle fit l’objet d’âpres discussions entre les habitants d’Outremécourt, de Bourmont et des communes voisines. Des ventes aux enchères furent organisées, puis annulées. Cinquante ans plus tard, le problème n’était pas encore totalement résolu.
Quant à la propriété du site même et des ruines, elle ne fut tranchée qu’au terme d’une longue procédure qui ne trouva son épilogue qu’en 1827. Devenaient propriétaires indivises des lieux les deux communes d’Outremécourt et de Soulaucourt. En 1853, elles souhaitèrent sortir de l’indivision. Le site fut alors parcellé selon un axe ouest-est. Ce partage fut ratifié en 1856.
Le retour du site à la nature
En 1745, un groupe d’élèves du collège de Bourmont voulut commémorer le centenaire de la destruction de la ville. Un des participants nous en a laissé une intéressante relation :
« A ce moment les avenues étaient praticables, encombrées seulement de débris qui gênaient la marche ; on reconnaissait très bien la ville ; on en suivait les rues bien pavées. On distinguait les bâtiments publics plus rasés que les autres, les lignes extérieures et intérieures de l’église et du château ; presque partout, les maisons des particuliers étaient encore hautes de dix, quinze et vingt pieds, parfaitement blanchies. On en voyait les dispositions intérieures et, de temps en temps des marches d’escalier s’arrêtaient en l’air. Beaucoup de caves étaient intactes, les unes avec leur entrée à demi obstruée, les autres parfaitement libres. Les citernes bien cimentées étaient effondrées par côté. Les fortifications existaient presque en entier, jusqu’au niveau des terres de la montagne, la partie supérieure ayant été seule démantelée. Les contrescarpes conservaient leurs formes, ainsi que les bastions, et étaient revêtues, sur de grandes étendues de leur enveloppe de pierres.
Après avoir déjeuné sur l’herbe, sous la porte de France, ayant remarqué dans les interstices de pierres amoncelées, des indices de sculpture, nous détournâmes force décombres et nous mîmes à jour une belle pierre carrée de trois pieds de côté sur laquelle étaient sculptées les armes de Lorraine. Dessous était une statue en pierre blanche que nous eûmes beaucoup de peine à sortir de l’excavation. C’était la statue de saint Claude qui était un peu endommagée d’un éclat de boulet. Ces deux pierres devaient décorer le fronton de la porte». Ces pierres furent ont à présent disparu.
En 1827, la propriété des lieux enfin définie, les projets de reboisement envisagés dès 1808 purent enfin être réalisés. Le site fut couvert de pins sylvestres et d’épicéas et prit peu à peu l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.
Le symbole du patriotisme lorrain
Vers 1830, La Mothe sortit de l’oubli grâce à l’intérêt nouveau porté à l’Histoire. Mais plus encore grâce à Nicolas du Boys de Riocour.
Né en 1610, il occupait la charge de lieutenant général au bailliage de Bassigny. Il participa à ce titre aux trois sièges et à la rédaction des articles des capitulations de 1634 et 1645. Il demeura ensuite au service du duc Charles IV puis devint président de la cour souveraine des Grands Jours de Commercy. A la suppression de cette cour en 1670, il regagna son fief de Damblain et écrivit une relation des sièges de La Mothe. Restée manuscrite et conservée par sa famille, elle fut cependant consultée au XVIIIe siècle par Dom Calmet, abbé de Senones et historien de Lorraine, et par Charles Palquois, curé d’Outremécourt de 1726 à 1761, qui en rédigea une version simplifiée et plus accessible, dont de nombreuses copies manuscrites furent effectuées. Imprimée une première fois en 1837, c’est incontestablement l’édition de 1841 qui est à l’origine de sa notoriété. On la lisait dans les écoles. Le récit original des sièges de Dubois de Riocour fut par ailleurs publié à plusieurs reprises, dans des versions simplifiées tout d’abord, puis enfin in extenso en 1861.
La défaite de 1871 contribua largement à faire de La Mothe le symbole de la nation lorraine. La province venait d’être abandonnée à la merci d’un ennemi dominateur. Elle était amputée d’une partie de son territoire, le département de la Moselle. Les ressentiments liés au non respect de la parole donnée, lors de la capitulation de 1645, renaissaient.
Deux historiens ont beaucoup fait pour faire revivre la ville. Jules Marchal (1829-1895), juge de paix à Bourmont, en est sans doute le meilleur hagiographe. Il a dépouillé l’ensemble des registres du bailliage et de la sénéchaussée alors conservés à Bourmont et fut à ce titre le meilleur connaisseur de l’histoire de la ville. L’abbé Liébaut (1832-1917), curé d’Outremécourt, en fut quant à lui le meilleur zélateur, renouvelant périodiquement l’intérêt par ses publications et visites du site.
On peut leur adjoindre Alcide Marot (1862-1927), à ses heures poète et romancier, demeurant à Nijon. Il est notamment l’auteur d’un roman historique sur l’histoire des sièges : « le chasseur de La Mothe » publié en 1892. Il fut le guide de toutes les notabilités souhaitant visiter le site. Son ultime prestation eut lieu le 20 août 1927, devant le Comité des Amis de La Mothe, présidé par le maréchal Lyautey entouré des descendants des combattants lorrains et français du siège de 1645. Il décédait quatre mois plus tard.
En février 1894, la commune de Soulaucourt ayant besoin de pierres pour renforcer les rives du Mouzon fit faire des fouilles à la pointe d’Isches et au bastion Saint-Nicolas. On dégagea les galeries traditionnellement considérées comme des galeries d’écoute, permettant aux assiégés de descendre à l’intérieur même du bastion pour contrer d’éventuels travaux de sape ou de mines. Alertée, la Société d’Archéologie Lorraine vint visiter le chantier le 8 mai 1894. Elle demanda l’arrêt de l’exploitation des vestiges et décida de faire placer une plaque de marbre sur le flanc est du bastion Saint-Nicolas. On y lisait : « En souvenir des héroïques combats livrés pour l’attaque et la défense de ce bastion Saint-Nicolas pendant les sièges de La Mothe en 1634, 1642, 1645… ».
Se fit jour par ailleurs l’idée de l’érection d’un monument commémoratif, digne de l’héroïque défense de la ville martyre. La Société d’Archéologie Lorraine lança alors une souscription en vue d’élever un monument au centre de la cour de l’ancien château. A son pied, furent réinhumés les ossements découverts pendant les travaux. Le monument fut inauguré le 7 juin 1897. L’étendard de La Mothe, dont l’original avait disparu lors de la révolution de 1789, avait été reconstitué. Les discours prononcés par Monseigneur Herscher, vicaire général représentant l’évêque de Langres et Charles Guyot, président de la Société d’Archéologie Lorraine, sont des monuments d’emphase comme on les aimait à l’époque et résument parfaitement l’état d’esprit qui régnait alors. Le « GLORIA VICTIS » (gloire aux vaincus) inscrit sur le monument associait dans un même hommage les habitants de La Mothe chassés de leur ville en 1645 et les Alsaciens-Lorrains fuyant l’annexion de 1871. La Mothe était, en 1645, le dernier bastion de l’indépendance lorraine ; la Lorraine était devenue, en 1871, le bastion de la France ! « Si, au lieu du bastion Saint-Nicolas ou du bastion Sainte-Barbe, ce sont les murs de Langres et de Toul qu’il faut disputer à l’ennemi, nous aurons toujours à apprendre de ceux qui combattirent à La Mothe ». Charles Guyot conclut son discours par un vibrant : « Pour Dieu et pour la France ». Enfin Alcide Marot déclama un poème dont nous donnons les premiers vers et l’épilogue :
« Qui donc la disait morte en son linceul de gloire ?
Elle s’est réveillée à l’appel de l’histoire.
……
Reste à jamais debout sur la montagne austère,
Tombeau ! garde la ville et consacre la terre ;
La Mothe des grands morts restera la cité.
La Mothe, sans soldats, sans tours, puissante cime,
Sera la forteresse invaincue et sublime,
Et le rempart français de la fidélité »
Parfaire la connaissance du site
Le classement du site fut demandé dès 1897. Mais la ferveur, qui avait culminé lors de l’érection du monument, s’estompa peu à peu. Les dégradations, causées essentiellement par les habitants des environs venant chercher des matériaux, se poursuivirent. Durant la première guerre mondiale, le site fut laissé à l’abandon. A compter de mai 1921, il fit l’objet d’une nouvelle campagne de travaux à l’initiative d’André Jacquot, conservateur des Eaux et Forêts, et de monsieur Guillaume, directeur de l’agence Peerless de Nancy. Antérieurement à ces interventions, les vestiges visibles se limitaient à la porte de France et aux bastions Saint-Georges et Saint-Nicolas. De nombreux vestiges furent dégagés : tracés de rues pavées, la « galerie d’écoute » du bastion Saint-Nicolas, la porte du château, la muraille au nord du bastion Le Duc. On construisit un chalet d’accueil en bois à l’enseigne du « vieil pot », en référence à la plus célèbre des tavernes de l’ancienne cité. On y entreposait le produit des fouilles. La Mothe devint un but d’excursion pour les curistes de Vittel et de Contrexéville.
Après quelques années de notoriété, le site replongea dans l’oubli jusqu’en 1967. Une nouvelle campagne de fouilles fut alors menée par des chantiers de jeunes sous l’égide de l’association Concordia. De 1967 à 1971, furent notamment dégagées la porte « neuve » de Soulaucourt, la « porte souterraine » du bastion Saint-Georges, une partie de la collégiale, une partie du parement du bastion Saint-Nicolas et divers pavages de rue et du château. Depuis, les interventions sont limitées à l’entretien courant des lieux.
Le classement du site parmi les monuments historiques fut proposé en 1923. Mais seule la partie appartenant à Soulaucourt fut alors protégée. Il fallut attendre l’année 2001 pour voir la protection étendue à l’ensemble du site.
Jean CHARLES